Chanter n'est pas facile, il y a beaucoup de facteurs qui entrent en jeu. Voici les principaux.
Au début du morceau du morceau et plusieurs fois dans la chanson, il y a des démarrages / redémarrages après un silence. Il n'est pas facile de démarrer pile au bon moment. Il est très fréquent qu'il y ait un retard au démarrage.
J'ai essayé de mettre des signaux de démarrage de temps en temps, mais ce sont des signaux théoriques de solfège qui n'ont pas forcément été utiles et qui même ont été troublants. J'ai mis de temps en temps des "tocs" (une série de 4 coups aux percussions) qui sont censés dire : "attention, il va bientôt falloir redémarrer". Le problème, c'est que le "bientôt" est basé sur des concepts théoriques de solfège qui ne parlent pas à tout le monde. Et en plus il y a plusieurs situations de démarrage.
Au début du morceau, pour les soprano, après la petite amorce chantée il faut chanter sur le 4ème coup : 1 2 3 well I dreamed
Au début des voix d'alto et ténor, il y a les 4 coups, puis il faut encore attendre deux temps (qui ne sont pas marqués) puis on chante there was a fanfare. Donc 1 2 3 4 (chut) (chut) there was a fanfare
Après "floating on the breeze", il y a une mesure de silence où on se plante tout le temps. Il faut attendre les coups et chanter après : 1 2 3 4 look at mother nature
Entre deux couplets, autre difficulté, on change de type de mesure (6/4 au lieu de 4/4), ce qui veut dire qu'on rajoute deux temps supplémentaires. C'est une petite respiration entre deux couplets. On attend les coups et on chante comme ceci : 1 2 3 I was lying
Pourquoi toutes ces différences ? Ça tient d'abord aux paroles. Il y a parfois des anacrouses, c'est-à-dire des syllabes supplémentaires qui sont placées avant les mesures. Par exemple "Well I", "I was". Mais ça dépend des couplets. Parfois il y en a et parfois pas. Et il y a parfois des intentions pédagogiques censées aider, du genre "si je commence les tocs ici, ce sera trop tard, on sera pris par surprise, donc il vaut mieux les mettre avant" (c'est le cas pour les démarrages des voix d'alto et de ténor). Mais comme souvent les bonnes intentions pédagogiques tombent complètement à plat face à la réalité des réactions psychologiques des gens.
Résumé : pour les démarrages, écoutez bien le guide, entraînez-vous et débrouillez-vous. Cela concerne aussi bien les grands démarrages comme ceux qui précèdent que les micro-démarrages à l'intérieur du morceau. Il n'y a pas de miracle, il faut s'entraîner.
Chanter juste tout au long d'un morceau est difficile. Il y a à peu près 90 notes par couplet, et il y a trois couplets: 270 notes. Chanter juste 270 notes à la suite est difficile. Même si on a 99% des notes justes, cela fait quand même 3 fausses notes. Il ne faut pas espérer la perfection, il faut juste essayer de chanter "pas trop faux" et "pas trop souvent faux". Il y a plusieurs grands cas de "fausses notes" :
Murmurer tout près du micro ne donne pas du tout le même effet que crier loin du micro, même si le réglage du volume donne finalement un volume identique en nombres de décibels. Ce n'est pas le même timbre de voix, ce n'est pas la même énergie ressentie.
Quand on chante en solo, on peut se permettre de changer de timbre, de murmurer (Françoise Hardy), de crier (Johnny Halliday), ça peut être très bien. Quand on chante dans une chorale, il faut respecter une homogénéité de timbres du point de vue de l'énergie. On peut changer de timbre et d'énergie, mais alors il faut que ce soit tous ensemble. Françoise Hardy et Johnny Hallyday ont été virés de toutes les chorales auxquelles ils ont participé.
Le mieux est de chanter d'une voix pleine, pas trop timide ni trop intempestive. Il faut y aller franchement, mais sans forcer.
Le défaut habituel est la timidité. La remarque qu'on se fait est "mais si je chante trop fort, on va m'entendre et tout le monde va dire que je suis nul(lle) !". Peut-être, mais là il n'y a pas d'échappatoire, c'est fait pour être entendu, il faut y aller. Ou bien "si je chante doucement, avec précautions, je commettrai moins d'erreurs". Pas sûr du tout, au contraire c'est souvent l'hésitation et la prudence qui font commettre des erreurs. Et même s'il n'y a pas d'erreur, ça donne une voix fluette et sans vie.
Dans un concert c'est différent, on n'a pas droit à l'erreur (enfin si, un peu quand même) mais ici on peut recommencer autant de prises qu'on veut.
Pour chanter franchement, dites-vous que le but n'est pas juste de "réussir à placer les bonnes notes aux bons moments" ou de "faire bonne figure", c'est de rendre justice à cette belle chanson de Neil Young, de prendre plaisir à la chanter et à la partager. Pensez à la chanson plus qu'à vous-même ou aux auditeurs. Votre seule dette est envers la chanson. Même pas envers Neil Young, mais envers la chanson elle-même. Faites-la briller, faites ressentir tout ce qu'elle permet de ressentir.
Il s'agit des accents qu'on met sur les notes. Certaines sont appuyées, d'autres moins. Il s'agit des contrastes qu'on doit mettre. Certaines sont attaquées franchement, d'autres un peu plus escamotées. Ecoutez Neil Young, ce n'est jamais plat. Guidez-vous sur ce que raconte la chanson, sur ce qu'elle permet de ressentir, et aussi sur la sonorité propre à chaque mot en anglais. L'anglais est une langue avec des accents toniques marqués, contrairement au français.
Les guides électroniques sont de mauvais exemples, ils n'ont aucun contraste, il ne faut pas chanter comme eux. J'aurais pu en mettre, mais c'est beaucoup de boulot. A vous de mettre les accents et de faire varier la dynamique.
Certaines notes sont prévues pour durer alors que d'autres sont courtes. La partition essaye de traduire ça. Ecoutez Neil Young, en particulier la fin des couplets "in the nineteen seventies". Il fait durer, il tient la note. Ça contraste avec des notes plus courtes qu'il a chantées avant. Et quand on tient la note il faut la contrôler jusqu'au bout, sinon elle a tendance à baisser en hauteur et à devenir fausse. Et il faut la terminer joliment, progressivement. Et il faut prévoir du souffle pour tenir.
Chacun a une tessiture, c'est-à-dire un registre de notes atteignables du grave à l'aigu. Il y a des tessitures standardisées en musique classique : basse, ténor, alto, soprano. C'est pratique de diviser les voix suivant ces tessitures, en particulier pour l'arrangeur qui peut produire une partition SAT ou SATB (Soprano, Alto, Ténor, Basse). Mais ce sont des tessitures théoriques, il est très fréquent qu'on ne rentre pas exactement dans une tessiture théorique donnée.
Il est bon de connaître sa tessiture propre pour savoir ce qu'on est capable de chanter ou pas, et il est bon pour l'arrangeur de connaître les tessitures de chaque choriste.
Il y a des tests simples sur YouTube pour déterminer sa tessiture :
Bien chanter : exemples de chanteuses avec leur tessiture
Trouver facilement son type de voix
Le problème, c'est qu'en général les tessitures des gens normaux (non professionnels) sont bien plus réduites que les tessitures théoriques : on descend moins bas, on monte moins haut. Et il y a la tessiture des possibilités extrêmes mais ce qui compte c'est la tessiture de confort. Dans sa salle de bains on peut murmurer des notes extrêmement basses ou piailler des notes extrêmement aiguës, mais ça ne passe pas à la chorale. Il faut de la puissance, du souffle et il faut garder un bon son. Chanter à la limite de ses possibilités n'est pas joli.
Malheureusement la séparation en pupitres est ce qu'elle est, les partitions sont ce qu'elles sont, et il y a parfois des notes qui sont en dehors de la zone de confort. Par exemple Fauré veut me faire chanter dans le cantique une note de Fa extrêmement grave, je n'y arrive pas. J'émets une sorte de bourdonnement guttural plutôt faux (mais inaudible de toutes façons) ou rien du tout. Et d'autres me disent, mais si c'est facile, écoute, j'y arrive. Insupportable.
Quand on est confronté à ce problème, il y a plusieurs stratégies :
Il y a 270 notes, chacune doit faire l'objet de toute votre attention. Il ne faut pas "se débarrasser" d'une note en pensant, "ouf, ça y est celle-là est finie" ou "je vais glisser dessus l'air de rien". Il ne faut pas chanter la note distraitement en oubliant son intérêt et ses particularités. Il faut s'écouter, mettre de l'intention, de la conviction et de l'assurance dans chaque note.
Facile à dire, parce qu'il y a tellement de notes et de facteurs : mise en place rythmique, justesse, timbre, dynamique, durées. Une seule méthode : s'entraîner, répéter, essayer, reprendre, s'écouter. Et il est bon aussi de s'attarder sur un passage seulement pour bien comprendre ce qu'il faut faire dessus. Et aussi de prendre parfois du recul pour se rendre compte qu'on est juste en train de chanter une chanson et que ce qui va compter c'est surtout l'effet global.
Mais cela demande énormément de temps !
Oui, mais justement, ça tombe bien, on en a un peu plus en ce moment ...